Ce qu'on ne te dit pas quand tu deviens designer indépendant·e
Le syndrome de l'imposteur, Excel, les périodes creuses : ce que personne ne raconte avant de se lancer en freelance dans le design graphique. Le retour d'expérience sincère de Claire, fondatrice des Alfredines.
Personne ne m'a briefée sur ça en école de design. Alors on répare l'oubli.
Tu vas devoir apprendre Excel
On t'a formée à choisir une typographie, pas à faire un tableau de trésorerie. Et pourtant, une bonne partie de ta semaine se joue là : devis, factures, prévisionnel, suivi des paiements. Le tableur devient un outil de création autant que ton logiciel de design, juste beaucoup moins glamour (et encore).
Être indé : 50% de création, 50% de gestion de projet
On imagine passer ses journées à dessiner et à créer. En réalité, la moitié du temps part dans les échanges client·es, la coordination avec les prestataires, la communication sur sa propre marque, l'administratif. Créer une identité visuelle pour quelqu'un d'autre, c'est un métier. Faire vivre son propre studio, en gérer la communication et la stratégie, c'en est un second, à temps plein aussi.
Ça donne l'impression d'être un métier solitaire, mais ça ne l'est pas
L'image du·de la freelance seul·e derrière son écran ne colle pas à la réalité. On travaille avec un réseau entier : photographe, motion designer, développeur·se, spécialiste social media, comptable. Et quand on a la chance de travailler dans son studio à deux et de rejoindre un bureau/coworking la solitude disparaît complètement. C'est un métier qui se construit en équipe, même quand on est indépendante.
Le syndrome de l'imposteur ne s'arrête jamais vraiment
Des années d'expérience, de grand·es client·es, des projets qui font ta fierté : rien de tout ça ne fait taire complètement la petite voix qui doute. On apprend à travailler avec elle plutôt qu'à attendre qu'elle disparaisse. Comme dirait Pinterest "If your dreams do not scare you, they are not big enough" (pardon Ellen Johnson Sirleaf).
Apprendre à dire non
À un·e client·e, à un délai intenable qui va te plonger dans un trop grand stress, à un projet qui ne correspond pas à tes valeurs. Ce n'est écrit dans aucun manuel, et ça s'apprend souvent à la dure, après avoir dit oui une fois de trop. Dire non protège ton travail, ton énergie, ta santé mentale et au fond, la qualité de ce que tu proposes à tes client·es suivant·es.
Oui, tu peux déconnecter
Même en tant qu'indépendant·e, c'est possible de prendre des vacances, de ne pas travailler le week-end, de fermer l'ordinateur le soir. Cela nécessite d'être organisée, de prévenir tes client·es pour ne pas les laisser en panique, et d'être réactive à ton retour. Mais c'est possible, et c'est même vital si tu veux faire ce métier longtemps.
Personne ne parle des périodes creuses
Même quand tout va bien, certains gros projets traînent, des client·es payent en retard, souvent avec l'excuse universelle de la comptable partie en vacances (qui, elle, sait visiblement très bien déconnecter). Le stress financier qui accompagne l'irrégularité des rentrées d'argent, ça ne se raconte jamais dans les jolis posts Instagram de freelances épanoui·es. Et pourtant, ça fait partie du métier autant que le reste et tu dois apprendre à le gérer (voir point 1 avec ton meilleur ami Excel).
Rien de tout ça ne m'a fait regretter de m'être lancée. Ces zones d'ombre existent, mais elles se traversent, surtout quand on arrête de faire semblant qu'elles n'existent pas. C'est aussi à ça que sert cet article.


