Premiers pas en Suède : ce que l'expatriation réapprend
- 27 avr.
- 4 min de lecture
Claire, Göteborg, avril 2026
En février 2026, j'ai quitté Paris pour le sud de la Suède. Un choix personnel, familial, qui ne remettait pas en question mon envie de continuer à développer le studio graphique Les Alfredines (ni mon amour pour Paris). Cet article est écrit avec moins d'un trimestre de recul : ce sont donc des premières impressions, subjectives et incomplètes.
Contexte : Göteborg est la deuxième ville de Suède avec un peu plus de 600 000 habitants. Située sur la côte ouest du pays, face à la mer du Nord, elle est à un peu plus de trois heures de route de Copenhague (Danemark) au Sud et d'Oslo (Norvège) au Nord.
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L'administratif, ou la promesse d'un autre rapport à la confiance
Premier point, peu glamour mais structurant : les démarches administratives. Bonne nouvelle pour les Européen·ne·s, c'est remarquablement fluide. Presque tout se fait en ligne, en anglais, sans file d'attente kafkaïenne. J'ai rapidement pu engager les démarches pour créer un équivalent de l'auto-entreprise française, ce qui me permettra de m'installer durablement dans le pays.
La recherche de logement a été, elle aussi, d'une facilité déconcertante comparée à Paris. Le marché locatif fonctionne différemment : les propriétaires sont moins suspicieux, les dossiers moins anxiogènes (un dossier ? quel dossier ?). La contrepartie ? Une protection des locataires plus faible qu'en France, un préavis de trois mois suffit pour mettre fin à un bail. Un autre équilibre, pas forcément meilleur, mais clairement différent.
Pour celles et ceux qui envisagent ce type de démarche, les ressources de la Maison des Français de Göteborg sont d'une précision remarquable.
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La confiance comme fondation : un concept à réapprendre
C'est le point qui m'a le plus surprise. Pas intellectuellement, on sait que les cultures nordiques fonctionnent différemment. Mais le ressentir au quotidien, c'est autre chose.
Ici, les boîtes aux lettres n'ont pas de serrure. Les portes d'immeubles sont souvent ouvertes. On m'a confié le badge du coworking avant même que je signe quoi que ce soit. La location de vélos à la journée ne requiert aucune caution. Ce sont des petites choses, anodines prises une par une, mais qui dessinent en creux une société bâtie sur un postulat : les gens sont dignes de confiance jusqu'à preuve du contraire.
« Ce n'est pas le verrou qui manque, c'est l'habitude de ne pas en avoir besoin. »
Et c'est là que ça devient intéressant, y compris professionnellement. Dans une relation client-prestataire, la confiance est aussi le fondement de tout. On la verbalise rarement, mais on en ressent l'absence immédiatement. Ce séjour me remet face à cette évidence : la confiance ne se gère pas, elle se pose. D'emblée.
Le lagom : ni trop, ni trop peu
La langue suédoise a un mot pour désigner l'équilibre juste : lagom. Ni trop, ni trop peu. On le retrouve partout, dans la décoration, dans la façon de travailler, dans les relations professionnelles. Pas d'effusion, pas d'excès, une forme de sobriété qui n'est pas de la froideur mais une éthique. Pour une graphiste habituée aux briefs chargés d'urgence et d'intensité, c'est un rappel bienvenu : la justesse vaut souvent mieux que l'abondance.
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Gérer le studio à distance : ce qui change, ce qui ne change pas
La vraie question que beaucoup me posent : et le travail, dans tout ça ? La réponse courte : ça tourne. La réponse longue mérite qu'on s'y arrête.
Avec les client·es, le studio Les Alfredines fonctionnait déjà essentiellement à distance (grâce aux mails, aux visios et avec des outils collaboratifs). C'est d'ailleurs ce qui m'a donné confiance pour tenter l'aventure. Pas de décalage horaire avec la France. Que je travaille depuis Toulouse, Paris ou Göteborg, il n'y a pour l'instant aucun impact direct pour nos client·es.
Ce qui a changé, en revanche, c'est la "forme" du quotidien professionnel. Juliette et moi ne nous voyons plus qu'en deux dimensions, et s'il y a une chose que cet éloignement m'a appris, c'est l'importance de ritualiser la communication. Pas seulement les réunions de travail, mais les petits moments informels qui maintiennent la cohésion d'une équipe, même petite.
Göteborg est une ville parfaite pour une graphiste. Dans la rue, mes yeux se régalent : la signalétique est épurée, les typographies des enseignes évitent tout effet superflu, les packagings ont cette retenue qu'on passe tant de temps à chercher. Ce n'est pas le design scandinave tel qu'on le fantasme depuis Paris, lisse et théorique. C'est quelque chose de plus ordinaire et, du coup, de plus convaincant : une culture visuelle qui ne se justifie pas, elle est simplement là, dans les choses. Ça recalibre l'œil et ça repose des questions sur ce qu'on retire plutôt que sur ce qu'on ajoute.
Bon... Transparence oblige, quelques contre-exemples de packagings non-reposants pour les yeux :
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L'adaptation : un chantier en cours
J'ai trouvé un coworking chaleureux (où travailler en français, entendre du suédois, communiquer en anglais épuise un peu mes neurones en fin de journée). Je commence à me repérer dans la ville (sauf quand le tram change de direction en prévenant en suédois), ce qui, celles et ceux qui me connaissent le savent, n'a jamais été ma force. J'apprends le suédois (mais moins vite que ma fille à la crèche). Je sais maintenant faire les courses sans passer cinq minutes sur chaque emballage (sauf si je change de magasin).
Certains jours, tout est fluide. D'autres, les incompréhensions s'accumulent et le sol se dérobe un peu. Ce voyage, je ne le fais pas seule : nous avons choisi d'être accompagnées par Margot, d'Expatez-vous. Ancienne infirmière reconvertie dans l'accompagnement à l'expatriation, elle apporte un regard très ancré dans la santé globale, physique, émotionnelle, organisationnelle. Une bouée précieuse quand la to-do list me faisait l'effet d'un mur.
Globalement, je commence à me poser dans une vie que je cherchais : plus proche de la nature, de la mer, et surtout dans un pays qui accueille les enfants pour ce qu'ils sont.
Ce texte est un instantané, écrit autant pour moi que pour d'autres. Dans quelques mois, certaines de ces impressions auront évolué, d'autres se seront confirmées. La suite au prochain épisode !





























