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Anecdotes graphiques #1 : Nike, Alfa Romeo et Susan Kare

il y a 10 heures
5 min de lecture

Depuis nos années d’école, on collectionne les anecdotes plus ou moins insolites sur la création de logos. Elles circulent entre deux cafés et trois sessions de moodboard, et on a fini par se dire qu’elles méritaient mieux qu’un fond de conversation. Voici donc le premier article de notre série « Anecdotes graphiques ».


Au programme de cet article : un logo à 35 dollars, un serpent qui mange un homme, et les icônes qui peuplent encore nos écrans. On en a encore quelques-unes en réserve, alors restez connecté·es !



Nike, un logo à 35$


Victoire de Samothrace, image issue du site du Louvre
Victoire de Samothrace, image issue du site du Louvre

En 1971, Bill Bowerman et Phil Knight dirigent Blue Ribbon Sports, une société qui revend des chaussures de sport. Ils décident de lancer leur propre marque et choisissent un nom inspiré de Niké, la déesse grecque de la victoire. Il ne leur manque plus qu’un logo, et le budget pour une agence.


Ils se tournent alors vers Carolyn Davidson, étudiante en graphisme à l’Université de Portland. Le brief tient en deux idées : évoquer le mouvement, et se démarquer d’Adidas, concurrent principal. Après 17h30 de travail (c'est très précis), elle livre le fameux swoosh, inspiré de l’aile de la déesse. Facture finale : 35 dollars, soit environ 2 dollars de l’heure, pour l’un des logos les plus célèbres de l’histoire.


Phil Knight n’était pas franchement convaincu au départ (un visionnaire), mais le Swoosh a fini par faire le tour du monde, des campagnes mémorables aux pieds des plus grand·es athlètes. En 1983, Nike offre à Carolyn Davidson une bague en or sertie de diamants à l’effigie du logo, accompagnée de 500 actions de la société. Le signe, lui, a traversé les décennies, a connu quelques évolutions, mais sans jamais perdre son essence.


C’est en 1985 que naît le slogan « Just Do It », et ses origines sont nettement plus sombres que son énergie. Il s’inspire des dernières paroles de Gary Gilmore, condamné à mort (suite aux meurtres de deux personnes) dans l’Utah, qui a répondu « Let’s do it » devant le peloton d’exécution en janvier 1977. Deux anecdotes pour le prix d’une, mais on vous l’accorde, la seconde est moins joyeuse.


  • esquisses du premier logo de Nike
    esquisses du premier logo de Nike
  • Logo actuel


Morale de l’histoire : c’est peut-être là que le mythe qu'un logo ne coûte pas cher est né. Si certain·es se posent encore la question, oui, un logo coûte plus de 35$ chez Les Alfredines. 😉



Alfa Romeo et son logo surprenant


On y va franco : non, le serpent ne crache pas du feu. Il est en train de manger un homme et oui, ça change un peu l’ambiance sur le capot.


La marque naît à Milan le 24 juin 1910 sous le nom d’A.L.F.A., pour Anonima Lombarda Fabbrica Automobili. Quelques années plus tard, Nicola Romeo reprend l’entreprise et son nom s’ajoute à celui de la marque. Alfa Romeo est née, avec une orthographe qu’on a tendance à malmener.


Blason le Biscione de la famille Visconti

Côté logo, la légende veut qu’il soit né un jour d’attente de tram. Le jeune illustrateur Romano Cattaneo patiente sur la Piazza Castello, à Milan, quand son regard tombe sur le Biscione, le serpent à tête de dragon qui orne le Castello Sforzesco. C’était l’emblème des Visconti, la famille qui dominait la ville au Moyen Âge. Coup de foudre immédiat, mais il manquait encore quelque chose pour faire un "vrai logo". Cattaneo et Giuseppe Merosi testent plusieurs versions, et la plus convaincante place le Biscione d’un côté, et de l’autre la croix rouge sur fond blanc, emblème de la ville de Milan.


Les armoiries de la familles Visconti, représentent donc un homme se faisant manger par un serpent. Nous n'avons pas retrouvé avec certitude l'origine de cette image mais, plusieurs légendes apparurent à ce sujet :

  • évocation d'un Uberto Visconti (fondateur) tuant un dragon ;

  • un amiral des Sarrasins, tué lors du siège de Jérusalem (1099) par Othon Visconti, qui prit en signe de trophée le casque de cet amiral, sur lequel était représenté un serpent dévorant un enfant ;

  • un serpent tombé dans le casque d'Azzo Visconti ;

  • la mort d'Opheltès en guise de contre-sceau.


Logo actuel d'Alfa Romeo

Le résultat : un blason qui raconte à lui seul l’histoire et l’identité de la ville d’origine de la marque.



Susan Kare, celle qui a donné un visage à nos ordinateurs


Susan Kare, c’est la Beyoncé du design graphique : tout le monde connaît son travail, mais pas forcément son nom. Recrutée chez Apple en 1982 pour « humaniser » le premier Macintosh, elle a dessiné les icônes que nous utilisons toustes au quotidien, ce qui fait d’elle une pionnière du pixel art.


portrait de Susan Kare à son bureau
Norman Seeff, portrait de Susan Kare à son bureau de travail chez Apple, 1983, photographie, A4.

Fun fact : ces icônes, qui font tellement numériques, ont d’abord été dessinées sur du papier à petits carreaux : et oui, le print est partout ! Pour les faire passer à l’écran, elle s’est servie des outils mis au point par Andy Hertzfeld, un éditeur d’icônes et un éditeur de polices pour les caractères typographiques. Le mot « icône » vient de l’art religieux, et il a fallu les ordinateurs pour qu’il s’invite sur nos bureaux.


Sa mission pour le Macintosh était claire : Steve Jobs voulait « donner un sourire » à l’ordinateur, et Susan Kare avait pour exigence que chaque symbole soit mémorable. Elle a donc multiplié les prototypes pour trouver la meilleure métaphore possible. La montre dit « attendre », la corbeille « supprimer » et la disquette « enregistrer ». Elle a aussi contribué au logiciel MacPaint, conçu par Bill Atkinson, avec une main qui tient un pinceau et un pot de peinture qui se renverse pour dire « remplir ». Un vrai défi pour n’importe quel·le graphiste, quel que soit son niveau d’expérience.


Icônes designés par Susan Kare.
Icônes designés par Susan Kare.

Sa carrière ne s’arrête pas là. Elle rejoint Steve Jobs chez NeXT, travaille avec Microsoft sur l’interface de Windows 3.0, puis crée les premiers cadeaux virtuels de Facebook, des émojis avant l’heure, et collabore plus récemment avec Pinterest. On avait d’ailleurs adoré l’exposition qui lui était consacrée au Musée de l’imprimerie et de la communication graphique à Lyon, en 2022.


Ce qu’on retient : Susan Kare a révolutionné l’apparence de nos interfaces en les remplissant d’objets de bureau bien réels (disquette, corbeille, montre), devenus des icônes remarquables et intemporelles.




Un logo à 35 dollars, un serpent bien moins gentil qu’il en a l’air et une graphiste qui a posé les bases de nos écrans sur du papier quadrillé : l’histoire du design graphique n’est jamais aussi sage qu’on le croit. Ces anecdotes nous rappellent qu’un bon signe peut naître en 17 heures, au détour d’un trajet en tram ou sur une simple feuille à carreaux. Et vous, connaissez-vous des anecdotes surprenantes de la création graphique ? Écrivez-nous, on les garde précieusement pour les prochains épisodes !


En attendant, retrouvez nos projets ici, nos autres articles de blogs ici et si vous voulez juste nous dire bonjour, c’est ici ! :)





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