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L’enfer, c’est LinkedIn

il y a 7 heures
4 min de lecture

Attention, aujourd’hui on râle.

⚠️ aux personnes qui adorent LinkedIn : vous pouvez arrêter votre lecture maintenant et rester dans le déni ⚠️



logo Linekdin détourné, avec des cornes de diable

Bonjour, nous sommes les Alfredines, et nous détestons LinkedIn.

Nous sommes sur cette plateforme depuis plusieurs années, par "obligation professionnelle", mais aujourd’hui, on n’en peut plus.


On aurait pu faire un article où l'on se plaint (car, on sait très bien le faire), mais nous sommes allées creuser un peu en se demandant pourquoi LinkedIn est devenu le LinkedIn que nous connaissons. Dans cet article, nous tenterons de répondre à une question simple, pour comprendre l’essence de la plateforme : jusqu’où ira cette folie ?



Des débuts simples

Notre relation à ce réseau social professionnel, était plutôt saine au début. On crée son profil de type CV, on se connecte à ses connaissances, à ses ancien·nes professeurs, et on publie ses différentes avancées professionnelles : les écoles, les stages, puis notre premier job ! Jusque-là, tout va bien.


On scrolle, on apprend ce que sont devenu·es nos camarades de classe, on découvre les versions “professionnelles” de nos ami·es proches, jusqu'ici, tout va toujours bien.


Et puis, petit à petit les pubs de plus en plus présentes et les changements d’algorithmes provoquent un agacement des utilisateur·rices : moins de nouvelles intéressantes sur nos relations, pour plus du marketing ciblé. Mais c'est une évolution subie par de nombreuses plateformes, et donc la suite logique de la mise à jour de LinkedIn.



En novembre 2022, tout est chamboulé.

Le lancement public de Chat GPT a bouleversé le monde LinkedIn dans lequel nous vivions. Cette plateforme est devenue un enfer (oui, on ne mâche pas nos mots). Une abondance de nouveaux posts est arrivée dans nos feeds et de nouveaux codes rédactionnels ont été créés.


Il y a quelques années est sorti un documentaire Arte consacré à Instagram et Kim Kardashian (que l'on vous recommande d'ailleurs comme tout ce qui se fait sur Arte). Le documentaire, Kim Kardashian Theory, raconte comment Instagram a façonné Kim K. autant que Kim K. a participé à façonner Instagram. l'une s'est construite avec les codes de l'autre, tout en contribuant elle-même à les faire évoluer. Et si Chat GPT (& Co') était en train de jouer le même rôle pour LinkedIn ? En quelques années, l'outil a profondément changé notre manière de produire du contenu. Mais à force de générer des contenus qui se ressemblent, ChatGPT ne fait pas que répondre aux codes de LinkedIn : il contribue aussi à les renforcer.



Une nouvelle ère pour LinkedIn (et le monde).

Depuis cette révolution que représente l’IA générative, LinkedIn a changé.


Les posts se sont harmonisés : la même structure, le même type de vocabulaire, la même grammaire, et peu de contenu constructif. Et surtout, TOUTES les expériences personnelles se transforment en leçons sur le monde professionnel. Car oui, forcément en deux clics on peut générer 20 lignes sur la puissance, la beauté et l'enseignement écologique d'un papillon passé devant sa fenêtre, donc surtout : on n'hésite pas !


Absolument tout fait l’objet d’un post (les exemples ci-dessous ont été lus par nos petits yeux) :

  • Présentation d’un projet (ça, on comprend)

  • Visite ou présence à un salon professionnel (ça, pourquoi pas)

  • La tasse de café du matin (mmmh...)

  • Les vacances

  • Un rhume (d'un adulte ou de son enfant)

  • Un cauchemar

  • Un mariage

  • Une naissance (oui oui, on a vu des photos d'accouchement sur LinkedIn)


Tout ça, dans la structure suivante :

  • Phrase d’accroche

  • Paragraphe introductif (censé être instructif)

  • Question avec la réponse juste après pour dynamiser la structure

  • Une liste, avec option émojis comme puces

  • et une phrase pour ✨convertir✨ ou ➡️ chercher l’interaction ⬅️


On ne va pas vous mentir, nous avons également été tentées par cet outil. Gagner beaucoup de temps sur une tâche fastidieuse et souvent peu récompensée (car LinkedIn, comme tout mastodonte des réseaux sociaux, a toujours soif de plus de contenu), ça fait envie. Mais nous avons décidé de résister ! Évidemment, en publiant sur LinkedIn, même sans IA, nous faisons partie de ce problème de saturation des informations. Simplement poster une image ou un carrousel a un impact, et nous reconnaissons notre participation au problème 🤓


Revenons-en à notre démon. Lorsque tout le monde utilise le même outil, avec des demandes creuses dans des prompts non réfléchis, forcément tout se ressemble. Et naturellement, le cercle vicieux s’intensifie : plus les posts rédigés par IA inondent la plateforme, plus l’IA se nourrit de son propre contenu, et donc se répète. Aujourd'hui, en vous connectant sur LinkedIn, vous verrez énormément de posts qui répondent à ces nouveaux codes établis par des robots. Plus vous y ferez attention, plus vous les verrez dans votre feed, jusqu'au moment où il n'y a plus que ça...


Et là, vous avez une question tout à fait légitime à ce stade : vais-je apprendre quelque chose de cet article, ou ai-je perdu cinq minutes de mon temps ?



Le bout du tunnel ?

Récemment, LinkedIn a ajouté une nouvelle fonctionnalité !


emplacement de la fonctionnalité
Aller en haut à droite du post, sur les petits points et c'est ici !

Ce nouveau bouton se nomme “On dirait de l’IA slop” (on peut le traduire comme “bouillie d'IA”) et permet de signaler un contenu clairement rédigé à l'IA, par les utilisateur·ices.


L’IA slop, ou contenu dégénératif, est un contenu généré par IA, de mauvaise qualité, non constructif et qui encombre nos médias déjà saturés de contenus.


Cette fonction est certainement apparue pour éviter un désintérêt général pour la plateforme, et donc éviter qu’une vague de personnes ne quittent LinkedIn. L'entreprise aurait pu simplement utiliser un détecteur d’IA mais comme beaucoup de monde l’utilise, cette fonctionnalité permet de signaler sans bannir et également de garder les personnes lassées de ce type de contenu, maintenant impliquées.


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Le problème est ce qui se passe quand un outil conçu pour nous faire gagner du temps commence à décider de ce que nous avons envie de dire, de la manière dont nous devons le dire, et surtout de la quantité de choses que nous devons dire.


Alors oui, nous continuerons probablement à râler contre LinkedIn tout en continuant à publier, parce qu'on ne va pas se mentir : c'est difficile d'exister en tant que petite entreprise sans ces réseaux.


Mais peut être qu'entre deux posts, le vrai petit acte de résistance aujourd'hui, c'est simplement de se demander : est-ce que j'ai vraiment envie de dire quelque chose ?

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